Archives mensuelles : avril 2014

L’arrivée de notre première trollounette…

…ou la découverte du monde pas merveilleux du tout de la prématurité.

J’avais écrit un témoignage très détaillé sur le blog de Maman Bavarde, je vous donne donc les liens si vous voulez en savoir plus:
Témoignage première partie
Témoignage deuxième partie

Je serai plus brève aujourd’hui car j’ai quasiment digéré sa naissance et son début de vie.

Notre grande trollounette s’est installée tout de suite dans mon ventre, et j’ai longtemps cru que sa prématurité était là pour rétablir l’équilibre: « enceinte au premier cycle, trop beau pour être vrai ». Je crois que cette culpabilité est le lot de toutes les mamans de préma. On cherche des causes, ce qu’on aurait pu manger ou boire, le carton qu’on a déplacé, la longueur de piscine en trop… Puis on comprend: c’est comme ça et puis c’est tout.
J’ai donc commencé ma grossesse sereine mais bien malade, comme beaucoup de futures mamans. Toujours classe le vomito dans le caniveau en descendant du train… Ou encore la pause gerbouille en plein milieu d’un soin à un patient qui sent un peu fort… Mais bon, je me dis que ça va passer. Chutes de tension, fatigue, je lève le pied au boulot (j’avais vraiment de très grosses semaines)

12 SA: mes premières contractions. Je lève encore le pied, je commence à m’inquiéter. Mon gynéco me rassure, tout va bien mais je dois arrêter de bosser comme une folle.

Echo des 22SA (5 mois): bébé petit, toujours des contractions… On m’arrête. Je finirai ma grossesse à la maison. Jusqu’à 6 mois je contracte beaucoup puis ça se calme et je peux aller à la piscine. Ca me fait un bien fou! Je nagerai régulièrement mon kilomètre, tranquillement, à mon rythme. J’ai longtemps culpabilisé pour ça après coup, mais je me rends compte maintenant que c’était irrationnel. Je n’ai jamais forcé, au contraire ça me détendait énormément.

Echo des 32SA (7 mois): tout bascule. Bébé beaucoup trop petit, elle a complètement cassé sa courbe, on me parle d’un mois de retard de croissance intra-utérin (RCIU), de manque de liquide (oligoamnios), d’échanges maman-bébé qui ne se font plus. Direction les urgences. On me garde, on me surveille… On sort bébé en urgence le soir, son coeur ralentit beaucoup trop et elle peine à remonter, il y a trop de risque qu’elle décède in-utero. Elle pèse 1,520kg pour 37cm. 1,5kg… Le poids du ballotin de chocolats que nous avons offert à l’équipe soignante de néonat à son retour à la maison.

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Nous avions son prénom mais n’étions absolument pas prêts à vivre ce que nous avons vécu. La séparation, les fils, la couveuse, les allers-retours à l’hôpital… Et l’allaitement. Je pensais profiter des derniers mois de grossesse pour me renseigner sur l’allaitement, en discuter lors des réunions de préparation à la naissance… A la place de ça, je me suis retrouvée seule, face à face avec un tire-lait défaillant et pas de bébé. Je me suis accrochée, je suis quelqu’un de volontaire et têtu (voire borné). Comme après ma césarienne où moins de 12h après j’étais debout, menaçant le personnel d’aller par mes propres moyens, en bus s’il le fallait, dans la ville où était hospitalisée ma fille. Là je l’allaiterais, c’était la seule chose que j’étais la seule à pouvoir faire pour elle, et elle en avait tellement besoin… J’ai donc tiré mon lait toutes les 3h pendant des semaines, jour et nuit. Vers un mois de vie, elle a commencé à savoir téter, un peu. C’était juste une fois par jour mais quel bonheur. Je me souviens de cette première tétée nutritive comme si c’était hier.

Les semaines ont passé… 9 semaines et demi après sa naissance, 8 jours après son opération, elle a pu rentrer à la maison. Certes elle avait un scope pour surveiller son coeur qui avait tendance à ralentir à cause de son reflux, mais quelle joie de l’avoir avec nous et de commencer enfin notre vie à 3!

départ pour la maison

J’ai continué de tirer mon lait alors que ma trollounette tétait, afin d’en faire don au lactarium. En effet, ma puce a reçu le lait d’autres mamans en attendant que ma montée de lait se fasse, que mon lait soit analysé et traité par le lactarium puis renvoyé en néonat. Je voulais à mon tour aider ces tout-petits bébés arrivés trop tôt et ayant besoin du meilleur: du lait de maman, le temps que le lait de leur maman leur revienne. Ma puce évoluait bien, très très bien même. Elle a toujours été un petit gabarit, mais à côté de ça elle était très éveillée, alors, la taille, on s’en fichait bien!

A 4 mois, on a pu débrancher son scope pendant les phases d’éveil, et à 6 mois, plus de scope, plus d’hospitalisation à domicile! A part un suivi assez poussé du fait de son terme de naissance, il n’y avait rien de particulier à signaler.

Notre trollounette a désormais 2 ans et demi. Elle est pleine d’énergie et de vie, pleine de questions, d’humour, mais aussi de cinéma! Je pense qu’on ne va pas s’ennuyer avec elle ^^

 

L’autre soir, au resto

L’autre soir nous sommes allés au restaurant avec mini troll, grande trollounette étant au vert chez ses grands-parents (qui n’ont pas le pied cassé contrairement à maman ours). Mini troll ayant 9 mois, son repas du soir consiste en une tétée et du mâchouillage d’aliments divers selon ce qu’il y a (genre 3 haricots verts ou une croûte de pain). Je mets donc mini troll au sein tout en prenant l’apéritif avec papa lama.
Ce restaurant est un peu ma « cantine ». Ca fait plusieurs années que j’y vais parfois le vendredi midi avec mon papa lorsqu’il travaille dans le secteur, donc ils m’ont vue enceinte de grande trollounette puis de mini troll. De plus, nous  allons parfois y manger tous les 4 le samedi midi après être allés au marché. Ils sont donc habitués à nous voir mais ont remarqué seulement ce soir-là que mini troll tétait « encore ». La serveuse était très étonnée, que j’ai « encore » du lait, donc je lui ai expliqué que tant qu’il tétait j’avais du lait. Elle a donc raconté aux autres serveuses que je le nourrissais encore (ce terme me fait marrer, comme si une maman ne nourrissait plus son enfant de 9 mois lol. C’est vrai quoi, il peut bien faire à manger tout seul!). Ce n’était pas du tout une critique négative, juste de l’étonnement de sa part, et de la part des autres serveuses. Etonnement aussi devant mon apéritif, à savoir, une bière pression! Après quelques explications, notre commande est prise.
Et là une personne très âgée s’approche et s’excuse de nous déranger, mais elle voulait voir le très beau bébé encore nourri par sa maman. Mini troll lui faisait de grands sourires, et elle était ravie. Elle nous a félicités pour ce beau bébé bien nourri et gracieux, s’est encore excusée puis est retournée à sa table. Une dizaine de minutes après, son mari est venu lui aussi à notre table! Il était très ému devant notre mini troll (toujours souriant et gazouillant, un haricot vert à la bouche), les yeux humides et la voix tremblante. Il ne savait visiblement pas quoi dire, il s’est donc contenté d’essuyer une larme et de presser doucement l’épaule de mini troll en souriant.

Bin j’ai pleuré…