Archives mensuelles : mai 2014

La motricité libre

Ce billet fait directement suite au précédent. Comme je vous le disais, pour notre grande trollounette nous ne connaissions pas la motricité libre. Pour mini troll j’en ai entendu parler durant ma grossesse (surtout sur les groupes d’allaitement auxquels je participais) et j’ai vu cette affiche chez mon ostéopathe:

 

motricité libre

 

Elle m’a interpelée et je me suis donc renseignée. J’ai trouvé le concept de motricité libre associé à cette affiche très cohérent et logique finalement. Pourquoi n’y avais-je pas pensé avant?

Ce que j’ai retenu (ce sera donc bref) est qu’on associe le nom d’Emmi Pikler à la motricité libre. C’est une pédiatre hongroise du début du XXème siècle. Le service dans lequel elle a fait ses « stages » laissait les enfants libres de leurs mouvements en ne les emmaillotant pas dans des langes par exemple. Elle a également observé que, là où elle habitait, les enfants d’ouvriers qu’on laissait vaquer librement avaient beaucoup moins d’accidents (en faisant pourtant des choses plus « dangereuses ») que les enfants des beaux quartiers, plus « assistés ».  Au vu de ces observations, elle est persuadée qu’un enfant qu’on laisse libre de ses mouvements et occupations est plus prudent et sait tomber de façon plus sécuritaire qu’un enfant trop protégé qui n’a pas fait ses propres expérimentations.

De ces observations sont nés plusieurs « préceptes ». Ca ne sera sûrement pas très complet car ce n’est pas mon « cheval de bataille » (contrairement à l’allaitement), mais voilà ce que j’essaye de faire au quotidien (en plus d’essayer de diminuer la quantité de guillemets de mes posts):

– Ne pas mettre bébé dans des positions qu’il n’a pas expérimentées lui-même.
Typiquement on fait comme on peut. Si vous avez tiré la carte RGO, comme nous, et que vous ne pouvez pas avoir votre bébé greffé en écharpe 24h/24, comme nous, vous allez devoir transgresser un peu cette règle en posant votre enfant le plus vertical possible à coup de transat, coussin de grossesse etc. Si vous avez la chance d’avoir un bébé qui ne souffre pas de reflux alors mettez au placard votre magnifique transat offert par tata Simone (ou par vous qui avez craqué avant de lire cet article) et posez votre troll sur une couverture au sol.
En le mettant dans une position qu’il ne sait pas gérer, comme assis calé par des coussins, il va mobiliser son énergie et des muscles pas encore mûrs pour l’exercice pour maintenir sa position et aura bien du mal à jouer avec ce que vous lui aurez collé sous le museau. Il faut aussi penser qu’il ne sait sûrement pas s’en « échapper », ce qui peut être source d’angoisse, de crispation, ou d’accident (comme notre grande qui se laissait tomber lourdement en arrière). Essayez de faire de la flûte en appui sur une seule jambe et en équilibre sur une poutre, qu’on rigole…

– Le Youpala tu éviteras
Si bébé ne tient pas debout seul, c’est pour une bonne raison: il n’est pas prêt physiquement (il faut que ses muscles soient capables de supporter son poids). S’il tient debout mais n’avance pas c’est aussi pour une bonne raison: il n’a pas encore la confiance nécessaire pour se lancer. Ni peut-être l’équilibre! En le mettant dans un youpala on fausse tous ses repères: les repères concernant son poids, son « volume », l’équilibre, les dangers (après tout, se prendre un coin de mur en youpala ne fait pas mal, mais sans youpala, on se cogne et on fait plus attention la fois suivante). Les porteurs c’est ok (si bébé sait y monter et en descendre, c’est pas pour tout de suite quoi), les « pousseurs » (ça a sûrement un nom dans les trucs de puériculture mais je ne suis pas très au courant) c’est ok aussi (à mon sens en tout cas) mais seulement si bébé se met debout seul et prend l’initiative de le pousser. Si vous le mettez debout devant son déambulateur pour bébé c’est un coup à ce qu’il s’y casse les dents (au sens propre comme au figuré)

– C’est au sol que bébé apprend
Laissez-lui des jouets adaptés, à portée d’yeux et de mains mais aussi un peu plus loin, pour lui donner envie de les atteindre. C’est comme ça qu’il aura l’envie d’essayer de les attraper et qu’il apprendra à se tourner 🙂 Il faut le stimuler, mais pas trop! Clairement, l’arche de jeux juste au-dessus de la tête de bébé ne correspond pas vraiment aux critères de la motricité libre. Contrairement à ce mini tupperware bien fermé et rempli de pâtes crues qui fait du bruit quand on le secoue. L’idée n’est pas d’hypnotiser l’enfant mais de lui donner envie d’expérimenter activement.

Quand vous le changez ou l’habillez, ne le soulevez pas pour le changer de position, faites-le rouler pour qu’il expérimente. Ici, notre mini troll a très très vite su se retourner. D’ailleurs c’est en roulant qu’il a commencé à se déplacer!

– Faites-lui confiance
Hors problème moteur avéré votre enfant marchera, pas de panique!! Papa lama a marché à 20 mois, et il n’a aucun problème moteur ou intellectuel ^^. Son frère a su faire du vélo avant de marcher… Chaque enfant va à son rythme. Même si c’est sûr qu’il faut réussir à faire abstraction des remarques de l’entourage. « Alors, il marche? Il dort la nuit? Tu le nourris encore? » blablabla… Puis quand il marchera (« enfin », si vous avez dépassé les 14-15 mois) vous passerez à la question suivante, au choix: Il est propre? Il mange bien? il parle couramment 12 langues vivantes et mortes?
« Oui oui » étant une réponse tout à fait acceptable. Et plus facilement acceptée que « non, et je t’em***** ».

Concrètement notre mini troll fait des progrès chaque jour, sans qu’on le « force ». Il expérimente, apprend en observant sa soeur… Il aura bientôt 11 mois. La semaine dernière il ne se mettait pas très souvent debout. Mais maintenant il y arrive de mieux en mieux. Ce matin, il s’est mis debout en s’aidant de la commode à langer de sa soeur puis s’est tenu au tiroir. Tiroir qui s’est ouvert, le faisant tomber… sur les fesses. Typiquement, sa grande soeur serait tombée raide en arrière sur la tête. Il commence à se lâcher aussi, quelques secondes, puis se tient de nouveau, tout excité de ce nouvel exploit. C’est un réel plaisir de l’observer. Même sa soeur adore. Ce matin elle m’a dit: « regarde maman, choupetou tient debout tout seul, bravo choupetou ». Le choupetou en question comprenant très bien le « bravo » était tout content des encouragements de sa soeur. Il s’est vite remis sur les fesses, puis sur le ventre, et a rampé jusqu’à sa soeur en souriant 🙂 Alors, encouragez-le, mais sans exagérer. On n’est pas aux jeux olympiques du rampage!!

choupetou

 

Regardez ce mini troll comme il est heureux d’essayer de se mettre debout seul! Ce jour-là, il s’est mis debout, assis, mis debout, assis, mis debout… C’est comme ça qu’on apprend 🙂

L’idée n’est pas de laisser l’enfant complètement livré à lui-même mais de l’accompagner dans ses découvertes, en lui proposant un environnement sécurisé, afin qu’il prenne confiance en lui et en ses capacités de petit humain 🙂 Ca ne sera que positif pour son estime de lui-même d’ailleurs.

 

Les dégâts de la motricité « forcée »

Pour notre grande trollounette, nous avons abordé la motricité avec un regard de nouveau parent qui n’y connait rien. En fait, on n’a pas réellement abordé la motricité!

Au début, une fois sortie de néonat, nous avions deux contraintes de taille: son reflux qui lui provoquait des ralentissements cardiaques et son scope (moniteur portatif -pesant un kilo-  relié à 2 électrodes sur son torse). Il fallait qu’elle soit le plus à la verticale possible: elle passait donc énormément de temps en écharpe contre moi mais également en position assise dans son transat relevé au maximum, glissait en bas de son lit ou de son parc qui étaient eux aussi très inclinés.
A 6 mois (d’âge réel, donc 4 mois d’âge corrigé) elle commençait à bien tenir assise, quand nous la mettions nous dans cette position. N’ayant aucune connaissance du développement moteur « normal » d’un enfant, nous avons fait comme nous voyions autour de nous: nous avons commencé à la tenir debout. Et quelle fierté pour moi quand à 8 mois elle restait debout en se tenant, mais toujours après que nous l’ayons mise debout. Puis nous avons commencé à la faire marcher en la tenant par les mains et à la mettre dans le trotteur. J’avais entendu que ce n’était pas terrible donc on ne la mettait pas plus de 5 minutes par jour. Elle n’a jamais fait de 4 pattes, elle se déplaçait assise.
A 10 mois et demi elle ne savait toujours pas s’asseoir seule et savait se lever uniquement grâce à son parc, en coinçant ses pieds contre les barreaux et en se hissant à la force des bras, et marchait en se tenant aux meubles.

A un an, toujours pareil, elle savait marcher mais n’osait pas nous lâcher. Cela dit, nous ne nous inquiétions pas, car après tout elle tenait assise, debout, se déplaçait debout… A aucun moment le fait qu’elle ne sache pas s’asseoir ou se lever ailleurs que dans son parc ne nous avait alors inquiétés. J’avais au contraire l’impression qu’elle était « normale » et n’avait pas de séquelle de sa prématurité, donc j’étais plutôt confiante.

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A 14 mois et demi elle fait ses premiers pas sans se tenir mais tombe raide en arrière sur la tête quelques jours après et arrête de marcher. Un mois après elle remarche mais ne sait toujours pas tomber, elle tombe raide sur le carrelage, en arrière. On finit par lui acheter un casque de peur qu’elle ne se fasse vraiment mal. On en parle à sa pédiatre du réseau préma qui, devant son défaut de transferts de position, nous conseille de voir une psychomotricienne.
Le bilan se fait en deux temps. Durant la première phase il y a un entretien. Je me rends compte de deux choses en discutant avec la psychomot: notre trollounette n’a quasiment jamais passé de temps sur le ventre, car même lorsque nous la posions sur le ventre, elle n’aimait pas et se retournait tout de suite. L’hypothèse la plus envisageable est que c’était une position douloureuse ou gênant pour elle à cause de son reflux, du scope, de l’eczéma que lui provoquait la colle des électrodes… La deuxième chose est que nous avons « forcé » les positions, elle ne les a pas découvertes d’elle-même. Elle observe ensuite notre puce et lui montre des transferts de position (allongée à assise, assise à sur les genoux etc). Elle me conseille de faire pareil à maison et nous prenons RDV pour la deuxième partie du bilan, un mois après (car son planning était surchargé). Pendant ce mois je fais « travailler » Anouk comme la psychomot et découvre en parallèle la motricité libre, que je compte bien appliquer avec notre deuxième bébé qui est en route.

Deuxième partie du bilan psychomot impeccable, notre grande choupette a tout récupéré! Là où à la fin de la première partie du bilan il y aurait eu besoin de quelques séances avec la psychomotricienne, ce n’est plus le cas 🙂 On a échappé de peu aux RDV hebdomadaires et pu ranger le casque au garage!

Notre trollounette étant l’aînée, elle paye un peu les pots cassés de nos tâtonnements. Là où elle a eu purées et ce que j’appelle la « motricité forcée », son petit frère a droit à la DME et la motricité libre. Mais bon, on apprend de ses erreurs!

Je vous expliquerai plus en détail ce qu’est la motricité libre dans un prochain billet 🙂